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Le Vénézuela, après avoir porté des espoirs d'émancipation et de justice sociale importants, connaît des heures cruelles. Au- delà des récits, les manipulations sont considérables aussi. D'où la volonté du CHAHUT de vous apporter quelques éléments d'analyse. N'hésitez pas à diffuser ce texte qui demeure cependant ouvert aux débats et aux réactions. Nous sommes prêts il va de soi à transmettre les articles que nous aurions reçus.

Soucieux de nous inscrire davantage dans l'actualité, d'autres analyses et réactions vous seront communiquées, en complément à notre journal, en souhaitant qu'elles suscitent votre intérêt et vous aident dans vos engagements. Ces articles et d'autres demeureront également accessibles sur notre site:     lechahut.info

Bonne lecture donc. Salut et fraternité.

Le CHAHUT

 

La situation au Vénézuela est complexe et il n’est pas aisé de l’évoquer, impossible aussi de le faire sans nuances.

Quelques préalables tout d’abord:

- nous réaffirmons nos convictions anti- impérialistes, c’est le peuple vénézuélien qui doit décider seul de son destin et condamnons le plus fermement toutes les pressions, manipulations et injonctions d’où qu’elles viennent. Voire les coups de force puisque Trump n’exclut nullement une intervention armée! Tout cela sans qu’aucune résolution de l’ONU ne donne une quelconque légitimité à ces diktats. Quiconque ne peut ignorer pourtant que toutes ces interventions armées (Afghanistan, Syrie, Lybie…) mènent toutes au désastre!

 

- On peut penser ce que l’on veut de la gouvernance de Nicolas MADURO mais s’auto- proclamer président est encore moins légitime, ni davantage glorieux. Juan GUAIDO est le représentant d’une droite libérale brutale, revancharde, téléguidée par les Etats- Unis, qui méprise les classes populaires et il n’y a rien de bon à attendre de lui. Cet aspect pose à nouveau la question du parti pris des grands médias de notre pays en faveur exclusive et partisane du président auto- proclamé. Ainsi, et ne retenons que ce seul exemple parmi tant d'autres, le 2 février, lors du journal télévisé de 20 h de France 2: Laurent Delahousse, comme Dorothée Olliéric, l'envoyée spéciale de la chaîné au Venezuela, parlent tous les deux de deux manifestations, l'une pour Guaido, l'autre pour Maduro. On s'attend, après le reportage sur les partisans de Guaido, à avoir le reportage équivalent sur les partisans de Maduro. Le journal se déroule et on attend toujours...

- Personne ne peut ignorer un véritable acharnement à l’égard du régime Chavez/ Maduro avec des sanctions économiques terribles et une véritable guerre idéologique. Cette même semaine où les événements s’emballaient dans ce pays, Macron visitait l’Egypte et son dictateur, Al- Sissi, pourquoi diable n’a-t-il pas exigé de ce dernier "sous huit jours..", “des élections justes, libres et transparentes……"  comme il l'a fait pour Maduro ?

Tout au contraire, il lui vend les armes nécessaires à son arsenal répressif. Pourquoi n’a-t-on pas les mêmes exigences “démocratiques” à l’égard des monarchies pétrolières, de l’Etat d’Israël ou encore de la RDC (Congo) où un nouveau président vient d’être adoubé quand tous s’accordent à reconnaître que les élections ont été truquées ?…

 

Au même moment encore, nous apprenons une intervention française au Tchad pour sauver le dictateur Déby (voir ci- dessous le communiqué de nos Camarades de l'AFASPA)!

Enfin, Macron a franchi le stade ultime en reconnaissant officiellement, au nom de la France, la présidence Guaido!

De la République française, nous attendions une tout autre attitude qu’un alignement sur l’extrémisme de Trump risquant de plonger le Vénézuela dans un bain de sang! La France devrait contribuer à faire émerger une solution diplomatique et pacifique afin que le dialogue se renoue dans ce pays et que des solutions démocratiques de sortie de crise soient mises en place.

Les raisons de cet acharnement occidental sont nombreuses, citons:

- l’impérialisme des Etats Unis dont le président Trump continue à considérer la partie latine de son continent comme son pré carré. Ces ingérences obligent de plus le Vénézuela à rechercher à tout prix le soutien, bien intéressé il va de soi et entraînant des contre- parties compromettant l’avenir, de personnages aussi douteux que Poutine.

- La réelle redistribution des richesses, même si elle a tourné court du fait d’une situation économique dramatique, mise en oeuvre par Chavez au profit des classes les plus paupérisées est en elle- même insupportable au capitalisme. 

- Enfin, il y a ces fabuleuses réserves de pétrole découvertes il y a peu, les plus importantes au monde, et qui font saliver les affairistes de tous poils.

Ceci dit, il ne nous paraît guère possible, ni constructif, de taire des manquements graves aux principes qui sont les nôtres de la gouvernance Maduro.

Economiquement, Chavez et Maduro sont tombés dans le piège de toutes les économies de rente se contentant des revenus pétroliers sans tenter de développer d’autres activités, des industries de transformation… et rendant ainsi leur pays vulnérable. Le désastre économique de ce régime est incontestable!

Imposer une nouvelle répartition des richesses ne peut suffire, la propriété des moyens de production, les processus d’élaboration des décisions, de définition et de contrôle des politiques publiques… doivent aussi être remis en cause. Dit autrement, la question démocratique est tout sauf subsidiaire et ne peut se limiter à un vote à intervalle régulier. Le peuple doit être, sans aucun manquement, partie prenante de la marche du pays et de ses institutions. Une démocratie authentique aurait permis, de plus, d’éradiquer enfin, devoir absolu, une corruption qui gangrène peu à peu la société et tout espoir d’émancipation, corruption dont joue, de plus, Maduro pour fidéliser l’armée.

Aussi le soutien populaire au gouvernement Maduro a-t-il fondu au fur et à mesure que les conditions d’existence ne cessaient de s’aggraver. Il serait folie que de ne pas le dire.

Dès lors, là- bas comme ici, comme partout, la force et la répression ne peuvent être la réponse aux crises politique et sociale. Les aspirations sociales, énonomiques et démocratiques du peuple doivent être entendues.

Au Vénézuela aussi, la gauche, sans renier ses valeurs, sans céder à la droite et ses coups de forces, ni aux volontés impérialistes de décider à la place du peuple vénézuélien, doit se refonder, et se reconstruire.

 

Le CHAHUT, le 12/ 02/ 2019

 

COMMUNIQUE DE L’AFASPA

 

La France sauve une nouvelle fois le soldat Déby (Tchad)

 

 

Comme Georges Pompidou (opérations Limousin et Bison en 1969 et 1972), Giscard d’Estaing (opération Tacaud de 1969 à 1977), François Mitterrand (opérations Manta de 1983 à 1984 Epervier 1986 ) et Nicolas Sarkozy (février 2008), Emmanuel Macron procède de son propre chef, à une intervention militaire au Tchad.

 

Le chef d’Etat français, fort de son titre de chef des armées, n’a pas jugé utile de consulter les parlementaires sur Sa décision dont le but est de maintenir coûte que coûte le dictateur tchadien installé au pouvoir par un coup d’état militaire et l’aide de la France de Mitterrand en 1990. À l’époque déjà, les états de services d’Idriss Deby sous Hissène Habré, n’entraient déjà pas précisément dans les « valeurs de la République » made in France. Commissaire aux armées et à la sécurité, « Idriss Déby a été, jusqu’en 1989, l’un des piliers du régime » déclarait Amnesty Internationale à propos d’agents de l’Etat ayant ordonné des exécutions sommaires sous Hissène Habré.

 

 

Arrivé au pouvoir il a « toiletté » la constitution afin de multiplier les mandats ; il en est à son cinquième depuis 1916 grâce à des mascarades électorales sur lesquelles les présidents français et la communauté internationale ont toujours fermé les yeux. Même cécité sur les exactions, les procès inéquitables dénoncés par les démocrates tchadiens. 

 

Cette nouvelle intervention militaire française au Tchad, qui n’entre même pas dans le cadre des accords avec ce pays, « qui se limitent aux cas d’agression d’un pays tiers, pas dans les affaires internes », comme le souligne Mohamed Ibni Oumar, directeur de l’ONG tchadienne Action Humanitaire Africaine.

 

Depuis les années d’indépendance, on dénombre une soixantaines d’interventions militaires françaises en Afrique. À qui fera-t-on croire que le but est la stabilité des pays quand les plus nombreuses se situent au Tchad, en RDC, en Centrafrique?

 

 

Il s’agit en fait d’assurer la stabilité de régimes en place, complices du pillage de leurs ressources naturelles et d’assurer l’installation de bases militaires permanentes chargées de maintenir l’ordre néocolonial sur le continent.

 

                                                                                                        Bagnolet, le 8 Février 2019