Imprimer

Nous aurons bien- sûr l'occasion de revenir sur l'élection à la Maison  blanche de Donald Trump mais d'ores et déjà nous vous offrons quelques considérations à chaud.

Cette victoire représente tout d'abord un incroyable désaveu pour les sondeurs, analystes, chroniqueurs et autres spécialistes: tous, une fois encore, sont passés au travers et n'ont cessé de nous expliquer que l'élection de Trump n'était pas possible. Personne n'a davantage mesuré à sa juste ampleur le discrédit qui frappe les politiques et les grands médias! Trump a gagné seul, contre tous, en grande partie même contre son propre parti. Quant aux journaux, ils avaient tous appelé à ne pas voter pour lui  mais rien n'y fit!

 

Arrive donc à la tête du pays le plus puissant de la planète, au terme d'une campagne électorale dégradante, un sale type, inculte, cupide, voleur, menteur, sexiste, xénophobe, raciste... Nous sommes tristes et inquiets pour tout ce que cela annonce comme régressions dans ce pays, dans le nôtre et dans le monde.
Notons que près d'un électeur sur deux a exclusivement suivi la campagne électorale sur des réseaux sociaux, c'est à dire en s'enfermant dans des algorithmes qui ne vous proposent que des "amis" ou des thèses confortant exclusivement vos convictions, croyances, fussent-elles des rumeurs, sans qu'aucune autre information contradictoire ne puisse vous parvenir. Aussi faut-il le dire, même si ce propos nous attirera bien des adversités mais c'est le prix de convictions fortes: 
Facebook rend idiot! Une raison de plus pour soutenir, consolider la presse libre et donc s'abonner au Chahut, même si notre petite feuille demeure bien trop modeste. Aussi voulons-nous rappeler avec force qu'il ne saurait y avoir de république et de démocratie authentiques sans citoyens éclairés d'où en particulier notre attachement indéflexible à l'Ecole Publique.  
Les racines d'un tel choc démocratique sont à rechercher dans la colère, la rage, la peur, le dégout même que ressentent de nombreux américains qui souffrent face à un capitalisme financiarisé, mondialisé devenant de plus en plus prédateur et qui ont ainsi choisi le vote Trump ou un abstentionnisme qui fut massif. Non! la mondialisation capitaliste n'est pas heureuse, tout au contraire elle mène l'humanité au désastre.

Mais aucune raison pourtant ne peut justifier que l'on se jette dans des mains si inquiétantes et glauques!
Pas davantage le refus d'adhérer à une candidature Clinton qui n'est qu'une politicienne devenue millionnaire à force de connivences et usée jusqu'à la corde. Quant à Obama, il n'a mené à terme aucune réforme véritable susceptible de réduire quelque peu les inégalités sociales et raciales qui fracturent ce pays.
La candidature de Sanders aurait sans doute représenté 
un meilleur rempart mais la machine démocrate à tourné à plein régime, alimentée par des millions de dollars, pour étouffer toute remise en cause et imposer la candidate "officielle" puisque "... c'était son tour."
Reste à savoir maintenant, et au- delà de ses déclarations incendiaires, quelle politique véritable mènera ce clown millionnaire. Tout dépendra en fait de l'alliance qu'il nouera avec le capitalisme, lui parlerait sans doute de deal. Car, ne nous leurrons pas, il ne remettra nullement en cause l'accumulation des profits, ni ne s'en prendra aux puissances de l'argent. Business is business et il doit se poursuivre, très vite d'ailleurs les bourses ont repris leur progression et ce "candidat du peuple" sera plus acharné encore à favoriser l'exploitation! Les pauvres peuvent ainsi s'attendre à trinquer et à se multiplier; les rares protections offertes par l'Etat fédéral américain vont sans aucun doute être démantelés. Trump est tout en effet, sauf un candidat "anti- système": il en est totalement issu et en a très largement profité puisqu'il n'est qu'un héritier. C'est en ce sens que l'on peut parler d'élections en Trump l'oeil.

Désormais il aura donc tous les pouvoirs pour, comme l'a écrit Denis LACORNE * "... réactiver la xénophobie des années 1900 - 1920, dans une tradition américaine (consistant à) ethniciser les conflits de classe pour mieux s'en débarrasser."
D'autres inquiétudes fortes encore au sujet de certains points de son "programme", nous voulons dire ses diatribes, risquant de déstabiliser plus encore qu'il n'est notre pauvre monde:
• son obscurantisme 
puisqu'il nie, ni plus ni moins, le réchauffement climatique, seule la météo est responsable et tout le reste une invention des chinois! Obscurantisme religieux aussi car il est entouré d'intégristes chrétiens, des créationnistes qui nient la théorie de l'évolution! Ainsi, le droit à l'avortement, pour ne citer que ce seul exemple, sera directement menacé.
• nous l'avons déjà dit, les prolétaires vont souffrir davantage encore. 
Et avec eux, les femmes, les noirs, les immigrés... et plus largement encore toutes les minorités. Et, au-delà de la politique du nouveau président, soyons certains que les racistes américains, et ils sont nombreux, vont se sentir pousser des ailes. 
• Cette élection préfigure l'arrivée au pouvoir, en France, de Marine Le Pen. 
Tous les ingrédients sont réunis: les mêmes abandons, trahisons et colères, des politiques et spécialistes aveuglés par leur pouvoir qu'il croit immuable, des gauches "anti- austérité", écologistes... incapables de s'unir, etc...
Ce désastre est pourtant résistible et nous ne voulons pas finir sans une note d'espoir. 
Il y a bien- sûr ces manifestations de jeunes américains, réjouissantes! Sauront-ils s'inscrire dans la durée, ce qui est évidemment indispensable pour pouvoir changer le cours des choses ? Et l'exemple islandais, ce peuple qui, confronté à la corruption de ses dirigeants, a rejeté le choix de l'homme providentiel, pour se lancer avec enthousiasme dans la politique et refuser de déléguer sa citoyenneté pour réécrire lui- même une nouvelle constitution.
Rien n'est jamais irréversible: mobilisons-nous et luttons!

Denis LACORNE, Directeur de recherche à Sciences Po et auteur de "L'identité américaine" (Fayard, 1997)

Beauvais, le 12  novembre  2016