(Edito du CHAHUT N° 162 daté de juillet - août 2016)

Deux personnes se rencontrent, habillées comme vous est moi. Elles vont se saluer, boire un verre, discuter... bref, se découvrir et qui sait même envisager des projets communs. La vie quoi! Ce n'est qu'après, au hasard d'un échange, qu'elles découvriront qu'elles ne partagent pas la même religion ou n'en n'ont éventuellement pas.
Si elles n'avaient pas auparavant sombré dans le sectarisme, mais sans doute cela aurait déjà sauté aux yeux, cette différence sera sans conséquence car l'estime, le respect, l'amitié pour l'autre auront déjà ancré en chacun la certitude d'une humanité commune et de l'enrichissement que procure toujours toute différence. Que se serait-il passé si l'un d'entre eux, ou les deux, avaient affiché d'entrée, avec fracas (car cela fracasse en effet les rapports humains), ses convictions religieuses ? 

"Ca va mieux!" Faut-il être coupé des réalités et vivre un véritable naufrage idéologique pour oser unetelle affirmation en ces temps si difficiles! La lucidité apporte en effet le constat d'un monde en perdition, la fin d'une civilisation. Cela sans que n'émergent réellement une alternative crédible, ni davantage les forces sociales et politiques susceptibles de l'imposer.

Alors oui, osons le mot, c'est bien d'une révolution dont nous avons besoin, radicale, démocratique, pas fatalement violente, ce que nous ne choisirions pas, mais réinventant le monde sur de tout autres bases. Il s'agira de tout changer sous peine de ne rien changer!
"Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c'est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge." (1)
Voici la tâche que veut modestement et avec d'autres bien-sûr se donner Le CHAHUT par ces quelques réflexions qui, si elles ne sont bien sûr pas exhaustives, évoquent pourtant des points fondamentaux :
• Notre démocratie marche véritablement sur la tête. Ainsi, si les français rejettent majoritairement la loi El Khomri, ils s'apprêtent, sauf grande surprise, à élire dans un an à peine une majorité de droite qui accentuera bien plus encore les effets néfastes de cette contre- réforme et, plus largement, aggravera la fuite en avant d'un capitalisme devenu fou. Pour ne citer que ces exemples, elle promet la suppression totale du code du travail et une quasi- disparition des Services Publics !

En ces temps troubles, de régression... ce sont les femmes qui continuent à payer le plus lourd tribut ! Mais elles aussi qui luttent, résistent... de façon héroïque ! Ce combat n'a rien de subalterne et il ne saura y avoir d'émancipation authentique sans une stricte égalité entre femmes et hommes.

Résolument féministe, Le CHAHUT a voulu rendre hommage à quelques-une d'entre elles. “Le présent est fait de luttes ; l'avenir (leur) appartient.” (Ernesto Guevara)
Ruqia Hassan Mohammed avait 30 ans. Syrienne, elle racontait sur Facebook sa vie de femme à Rakka, “la capitale” de l'état islamique (EI). Ses amis lui disaient qu'elle prenait trop de risques mais, répondait-elle : “Daech va sans doute m'arrêter et me décapiter... Mais je garderai ma dignité. Mieux vaut mourir que de vivre avec ces types dans l'humiliation.”
Et de poursuivre sans relâche ses récits : “Chaque jour, interdit, interdit, interdit. Les djihadistes ne font qu'interdire !... Je voudrais en finir avec ces humiliations, avec ces types qui nous imposent leur pouvoir... On ne veut pas de Daech et on ne veut pas des bombardements de la coalition anti- Daech !... ” Jusqu'au bout, au péril de sa vie, elle racontera la vie à Rakka écrasée sous les bottes intégristes.
Auparavant, en mars 2011, Ruqia était déjà en tête des manifestations contre le régime de Bachar Al-Assad.
Arrêtée en juillet 2015 par l'EI, ses posts disparaissent de Facebook. Début janvier, les hommes d'Al-Baghdadi annoncent qu'elle a été exécutée avec cinq autres femmes refusant de restituer son corps à sa famille.

“Comportements inacceptables”, “chienlit”, “agissements scandaleux”, “Actes extrêmes”, “lynchage”, “violences indignes”, “débordements”, “dirigeants violentés”, “attaqués”, “molestés”, “mis à nu”, “en guenilles”, “sauvagerie d'ultras”, “agissements barbares”, de “voyous”, d' “agités”...

Tous les noms d'oiseaux, les plus haineux, auront été utilisés à l'encontre de ces salariés poussés à bout par une élimination sociale programmée, des milliers de licenciements, et le mépris affiché par le patronat et son encadrement, prononcés par la quasi- totalité de la classe politique (du PS à l'extrême- droite) et jusqu'au plus haut sommet de l'Etat.

CHARLIE : De l’émotion indignée à l’analyse rationnelle

Rien ne peut justifier, ou excuser, les 17 assassinats des 7 et 8 janvier à Paris, commis par un commando de fanatiques islamistes. Nous n’avons pas attendu ces jours derniers pour combattre l’idéologie intégriste pour ce qu’elle est, une manipulation politicienne du sentiment religieux.

Son objectif avoué est de réduire par la terreur au silence tous ceux, croyants ou athées, attachés à la démocratie, aux libertés individuelles et collectives, à l’égalité entre les hommes et les femmes, et entre les peuples. Cette idéologie politique est une forme contemporaine de fascisme, on ne débat pas avec lui, on le combat, pour défendre les conquêtes sociales, politiques et individuelles héritées des luttes du passé.