Edito du CHAHUT N° 171 daté de janvier - février 2018

 

Depuis plusieurs décennies maintenant, l'impôt est décrié, vilipendé... Pourtant, outre qu'il permet le financement des Services Publics et des équipements collectifs, il est aussi un précieux outil de redistribution des richesses. En principe... mais pas pour Macron, ce Robin des bois à l'envers, qui prend lui aux pauvres pour enrichir davantage encore les plus fortunés. Si vous en doutiez, une étude de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) établit que la politique budgétaire du gouvernement profitera principalement aux plus hauts revenus, “A eux seuls, les 5 % de ménages les plus aisés capteraient 42 % des gains de revenus!” Et si les salariés gagnent éventuellement quelques broutilles, ils dépenseront bien davantage contraints qu'ils seront de prendre à leur charge toutes les protections ou services abandonnés par les Services Publics.

 

Toutes les études le démontrent, depuis les années 80, le patrimoine public connaît un déclin inquiétant et un transfert massif de la richesse publique vers le privé est en cours. Bien- sûr, la question de l'utilisation de l'impôt mérite aussi d'être posée. Mais il n'empêche que le constat est limpide: plus l'impôt recule, plus les inégalités s'accroissent! A l'échelle du monde, 1 % des ménages détient la moitié des richesses du globe! A un point tel donc qu'elles mettent en péril le lien social, la citoyenneté et instaure l'instabilité. Qui pourtant pour établir ces liens ?

L'affaire du lait Lactalis contaminé a ému dans les chaumières, toujours révoltant que les victimes soient des bébés! L'entreprise est à la recherche de profits toujours plus juteux. Rien d'étonnant, c'est sa raison d'être. Mais qui a fait le lien avec des conditions de travail qui se dégradent toujours plus et ne laissent plus ni le temps, ni le goût du travail bien fait et des Services Publics sanitaires à ce point pressurisés, précarisés qu'ils n'ont plus guère le temps d'effectuer les contrôles nécessaires ?

“Il faut libérer l'entreprise!... Les droits du travail sont des contraintes excessives dans un monde qui a changé, soumis à la concurrence internationale!” Aussi faut-il remettre en cause tous les acquis sociaux pour s'adapter, il n'y a pas d'autre solution... Près de 40 ans que l'on nous rebat les oreilles avec ces recettes libérales et que l'on nous annonce la sortie du tunnel à chaque régression sociale. Alors, si évident que cela le lien contre- réformes et plein emploi ?

• Le Moyen- Orient implose: guerres en Irak, en Syrie, au Yemen... Conflits palestinien, kurde... Tensions entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, entre les Emirats et le Qatar... Mais l'on sait peu que cette région est la championne du monde des inégalités. Quand la part du revenu national détenue par les 10 % les plus riches est de 37 % en Europe, elle est de 61 % au Moyen- Orient. Un autre lien d'analyse à construire!

La croissance, la croissance!... elle serait le remède miracle, au chômage en premier lieu. Une croissance économique d'au moins 3% serait nécessaire pour résorber le chômage. Le plein emploi ne peut être atteint qu'à partir d'un taux annuel de croissance de 5%... Une croissance sans limite dans un monde pourtant fini et déjà bien épuisé, sans aucun questionnement sur le quoi produire, comment, avec quel bilan carbone, dans quels buts... Et au- delà encore, bien- sûr sur le sens de la vie et de l'humanité. Pendant ce temps, tous les constats sur la dégradation de l'environnement, le réchauffement climatique... sont au rouge. Bientôt, il sera sans doute trop tard. Croissance capitaliste et avenir compromis, n'y aurait- il pas comme un lien ? Tout comme entre pollution et évasion fiscale ?

S'il est un concept que l'on nous présente comme inéluctable, évident, incritiquable même, c'est bien celui du libre- échange. Partout la compétition règne et tout doit pouvoir s'exporter et se vendre en tout lieu. Et les impasses des négociations générales au sein de l'OMC ne doivent pas faire illusion, elles ont été remplacées par des accords de libre- échange qui ne cessent de se multiplier: TTIP, CETA, NAFTA, TPP, RCEP, etc... En fait, des négociations d'inspiration néo- coloniale! Dans le même temps, les normes sociales, environnementales reculent, les nationalismes flambent, les inégalités toujours explosent, l'Afrique s'appauvrit toujours plus par rapport aux autres continents... N'y aurait- il pas comme une relation de cause à effet ? Un lien quoi ?

Quant aux résistances à ce capitalisme prédateur, elles demeurent courageuses mais si divisées. Le syndicalisme toujours organisé en branches professionnelles, pourtant de plus en plus vidées de leurs salariés, continue à ignorer massivement toutes les formes de précarité du salariat, les chômeurs en premier lieu. Chaque organisation bien démunie, jouant sa survie et la sauvegarde de quelques intérêts, préfère aller piétiner les plates- bandes du voisin... concurrent. La solidarité internationale est rarement une priorité. Les militants alternatifs ne côtoient pas ou si peu les militants des entreprises, les politiques pas davantage celles et ceux qui veulent changer le monde sans prendre le pouvoir, les “humanitaires” se méfient des militants “cartés” et vice versa, les défenseurs de l'écologie et ceux des droits sociaux s'ignorent souvent et les travailleurs français se soucient bien peu des travailleurs Sans- papiers! Les artistes, dans leur univers, ne sont plus engagés. Pour quand aussi un mouvement capable de réunir jeunesse des banlieues et celle des quartiers moins périphériques, de la ruralité ? Réunir classes reléguées et classes dites “moyennes” subissant pourtant les mêmes exploitations ?

Là encore, et ce serait urgent, il y aurait tant de liens à construire, des liens si indispensables! Des liens qui libèrent! Puisse Le CHAHUT, modestement, patiemment, à sa mesure... être l'un de ces liens. Mais pas sans vous que nous souhaitons bien plus nombreux et engagés! 

PS/ Notre titre, en plus d'être éloquent, est aussi un hommage à la maison d'édition éponyme, maison engagée créée par Sophie Marinopoulos et Henri Truber, merci à eux!

Le 29/ 01/ 2018 - Le CHAHUT