Le CHAHUT N° 169 daté d'octobre 2017

L'Islam principalement a été mis en cause ces dernières décennies, l'horreur des crimes et attentats commis par Al Quaïda, Boko Haram, Daech... explique évidemment cette forte désapprobation. Cependant faudrait- il préciser qu'il s'agit d'une vision dévoyée de l'Islam puisqu'incontestablement la plupart des musulmans aspirent à vivre en démocratie et en paix; ils sont même les premières victimes de ces fanatiques qui, à force de prétendre aimer dieu, en finissent par détester l'humanité.

 

Dans le même temps cependant, force est de constater une trop grande indulgence pour des enseignements totalement rétrogrades de cette foi prônés par des mouvements, tels les wahhabites, les salafistes, les frères musulmans..., qui, même s'ils n'appellent pas ouvertement à ce djihad meurtrier, fournissent néanmoins tout l'argumentaire théorique susceptible de faire naître et de justifier des vocations de kamikazes dont, en premier lieu, cette insupportable volonté d'assujettir les femmes. Et plus sont importantes les réserves de pétrole ou de gaz sur lesquelles sont assis ces régimes aidant à la propagation de ces venins, plus sera grande l'indulgence des puissants pour ces Etats financeurs d'extrémismes. Les capitalistes préfèrent fermer les yeux, l'essentiel étant que les affaires puissent fructifier, sans oublier de généreux dons, financements de campagnes électorales, achats de footballeurs..., qui ne peuvent que cultiver les complicités et les amitiés.

En Turquie, Erdogan instaure peu à peu une autocratie conservatrice musulmane. A s'arrêter à ces constats, on donnerait presque “le bon dieu sans confession” à toutes les autres religions qui en jubilent, se redonnent une virginité et deviennent même donneuses de leçons. C'est aller bien vite en besogne et ignorer la vérité des faits car en réalité existe, en toute religion, une tentation totalitaire. Refusant le plus souvent d'être l'expression d'options spirituelles personnelles, et relevant donc du domaine privé, elles entendent dicter leur loi à la société toute entière.

• Une tentation totalitaire...

En France, l'école privée catholique réclame toujours davantage de moyens à des pouvoirs publics conciliants pour amoindrir et affaiblir l'Ecole publique. Le mouvement “Sens commun”, issu de la Manif pour tous, travaille à une jonction de toutes les droites, Front National compris donc, en vue d'une reconquête du pouvoir. Les débats sont tout aussi confus à gauche! Ce seul exemple: l'ancien grand syndicat étudiant, l'UNEF, autorise désormais des “réunions non- mixtes racisées” dans le cadre de son bureau national et ouvre des salles de prière lors de son collectif national. Et que dire d'E. Macron osant affirmer qu'il “attend beaucoup... du dialogue entre les religions... pour éclairer les débats de bioéthique à venir...”! Et plus proche de nous encore, à Senlis dans l'Oise, le lobby catholique a réussi à censurer l'affiche du dernier film de Téchiné, “Nos années folles”! (voir article en pages 2 et 3)

Aux Etats- unis, en Russie, en Pologne, en Hongrie... les pouvoirs autoritaires, voire totalitaires, en place, adversaires de toute émancipation sont tous fortement imprégnés de cléricalisme autant que de xénophobie. Aux USA toujours, mais encore en Afrique, pullulent des sectes évangélistes dont l'un des chevaux de bataille est le créationnisme, cette théorie folle réfutant la Théorie de l'évolution et affirmant que Dieu a créé l’Homme et la Terre tels que nous les voyons aujourd’hui il y a moins de 10 000 ans (théorie partagée par une majorité d'américains et touchant désormais également l'islam par la voix d'un prédicateur turc. Erdogan vient ainsi de retirer Darwin des programmes scolaires).

La tragédie des Rohingya, victimes d'un véritable nettoyage ethnique en Birmanie, nous rappelle que le bouddhisme, bénéficiant pourtant d'un préjugé très favorable en Occident, a également ses faces les plus sombres. L'Inde, elle- même tombée aux mains d'un nationaliste hindouiste, Narendra Modi, entend pourtant expulser ces réfugiés Rohingya qu'elle considère comme une menace; ses gardes- frontières ont ainsi été autorisés à employer “des méthodes brutales et rustres”. (Le Monde)

En Israël enfin, le nouveau héraut de la droite au pouvoir dont les idées ont largement contaminé le Likoud, un colon nommé Smotrich, ne poursuit qu'un seul but, au nom de dieu bien- sûr, l'affirmation religieuse et territoriale du judaïsme. Il est contre tous les mariages mixtes “... par rapport aux arabes mais à tous les non- juifs!” Il se justifie ainsi: “Le peuple palestinien n'existe pas... c'est une invention d'il y a moins d'un siècle en réaction au mouvement sioniste!” Au passage, il se déclare encore “homophobe fier.”

Autant de faits et de dangers qui justifient notre attachement inflexible à la laïcité, principe sans lequel il ne saurait y avoir de vie sociale harmonieuse et de véritable liberté de conscience. La laïcité n'entend nullement devenir une police des consciences en s'ingérant dans les options personnelles et intimes des uns et des autres. Mais parce qu'elle est la garantie pour chacun de pouvoir choisir librement son destin, de croire ou ne pas croire donc, d'adhérer au fait religieux ou de le critiquer, elle ne peut accepter que des extrémistes religieux veuillent imposer leurs propres convictions à l'ensemble de la société, transformant leurs croyances en combat politique et usant de tous les moyens, fussent-ils violents même! La laïcité est aujourd'hui menacée par les fanatiques religieux de tous bords, par les renoncements, les abandons et les manipulations, par une vision communautariste venue du monde anglo- saxon aussi... dès lors il nous faut redevenir miitants: laïques de tous les pays, (re)mobilisez- vous!