Le CHAHUT N° 175 daté d'octobre 2018

CE QUI EST AGACANT AVEC LES PAUVRES, C'EST QU'ILS SE PLAIGNENT..

... quand ils devraient être satisfaits et heureux des quelques miettes qui leur sont généreusement concédées.

Emmanuel MACRON s’en est ému et agacé déclarant lors d’une visite à Colombey les Deux Eglises : “Avec le Général (de Gaulle), on pouvait parler très librement… mais on n’avait pas le droit de se plaindre… C’était une bonne pratique… Le pays se tiendrait autrement s’il était comme ça”.

Dès lors, en homme d’action, il agit pour que ces jérémiades cessent d’importuner. 

Retenons la montée en puissance des ruptures conventionnelles, cette procédure scandaleuse qui voudrait nous faire croire qu’un patron tout puissant et un salarié SEUL sur le point de se faire virer pourraient discuter sur un même pied d’égalité, d’égal à égal. De ce fait, les recours aux conseils de Prud’hommes, ce lieu où les travailleurs pouvaient contester, pardon se plaindre, et le plus souvent être entendus, ne cessent de diminuer d’autant. 

Et encore la décision de plafonner les indemnités de licenciement, contenue dans la loi Macron.  Le but est limpide: dissuader les travailleurs licenciés de lutter âprement pour faire payer au prix le plus fort à leur patron cette ignominie sociale. Les exemples sont nombreux, PSA, Conti, Goodyear, Whirlpool , … tous, une fois même après avoir compris qu’ils ne pourraient sauver leur usine, étaient parvenus par une lutte acharnée à faire cracher quelques profits à leurs actionnaires. 

On le constate, les acquis qui faisaient de la loi un outil de protection des plus fragiles, des exploités... (trop rarement) sont peu à peu démantelés.

Mais un autre exemple issu de notre actualité picarde a retenu notre attention : ce début d’octobre, 832 des 1 143 salariés licenciés du site désormais fermé d’Amiens (80) demandaient réparation à l’entreprise Goodyear devant le Tribunal des Prud’hommes. La question posée était précisément : la multinationale pouvait- elle justifier cette fermeture par sa situation économique ? Ou s’agissait- il en fait de licenciements boursiers ? 

On se souvient du calvaire de ces ouvriers, punis pour avoir refusé, contrairement au groupe “d’en face” de Dunlop, les “4 X 8” désastreux pour la santé : eux- mêmes privés d’activité et le site d’investissement et pourtant soumis à une discipline de fer humiliante ! Puis le licenciement, virés “comme des mal- propres”, la vie des ces salariés détruite !

Quand Goodyear décide de rayer Amiens et ses salariés de la carte, ce site est “en perte de vitesse…” et surtout, crime de lèse majesté, “… il n’a pas distribué de dividendes depuis 10 ans !” (plaidoirie de l’avocat de Goodyear). Pourtant, dans le même temps, la multinationale, via sa maison mère luxembourgeoise, est en plein boum : un bénéfice record de 2, 5 milliards de dollars, des dividendes multipliés par quatre jamais vus auparavant, une action au sommet et qui s’envolera encore au lendemain de la fermeture du site d’Amiens…

Le délibéré sera rendu le 16 mai prochain. La justice étant ce qu’elle est, c’est à dire une justice de classe, ce qui est un peu moins vrai en ce qui concerne les Prud’Hommes et c’est bien pourquoi ils sont particulièrement sur la sellette, ce n’est pas gagné : ainsi le Tribunal admnistratif a validé, il y a peu, les arguments économiques de Goodyear au nom de la sauvegarde de la compétitivité du groupe.

Et pourtant, ce procès représente d’ores et déjà un anachronisme, une réminiscence d’une époque révolue.

Les ordonnances relatives à la toujours même Loi Macron  ont redéfini, ce qui avait finalement été repoussé au moment des débats sur la loi El Khomri en 2016, la modification du périmètre géographique envisagé en cas de licenciement économique. Désormais, un groupe peut licencier en France même s'il fait des bénéfices ailleurs.

Le gouvernement a ainsi cédé à une demande patronale récurrente émanant surtout des plus grandes entreprises: un nouveau et conséquent cadeau aux multinationales!

Fini le temps où le juge considérait la santé économique de l'ensemble d’un groupe implanté partout dans le monde pour valider le licenciement économique en cas de contestation des salariés. Désormais, seul le territoire national sera envisagé. En clair, si une entreprise veut licencier dans sa filiale française alors même qu'elle se trouve dans une situation plus que prospère, elle le pourra. 

C’est dire aussi toutes les possibilités offertes à un groupe pour trafiquer ses résultats. Comme au Monopoly, je déplace quelques pions pour rendre ici ou là tel site “en difficulté” ou j'y stoppe net tout investissement… et les licenciements seront à tout coup qualifiés d’économiques et donc “justifiables” !

Du bon boulot, Mr Macron, pour étouffer les dénonciations! Mais rassure- toi, les salariés pourraient bien cesser un jour ou l’autre de se plaindre mais pour s’organiser, se révolter tout à fait et prendre les choses en main! Que viennent ces temps… dont nous rêvons!

Le CHAHUT - le 31 octobre 2018

Le CHAHUT N° 173 daté de mai - juin 2018

 

Le mouvement ouvrier a toujours promu les organisations collectives, bien conscient que l'ouvrier isolé est à la merci de toutes les exploitations: amicales, caisses de solidarité, bourses du travail, syndicats, coopératives, mutuelles... Les puissants ont les capitaux, nous avons le nombre! L'idée de service public est née de ces mêmes luttes. 

Il s'agit, comme le rappelle Henri PENA RUIZ, de “permettre à toute personne d’accéder aux biens de première nécessité. Santé, instruction et culture, accès à l’eau et à l’énergie, au transport... doivent être à la portée de tous sans que pèsent les inégalités géographiques et sociales. D’où la nécessité de services publics de caractère national, tournés exclusivement vers l’intérêt général.”

 

En 1937, avec le Front Populaire, le Service Public fut incarnée par la SNCF déjà. A la libération, le patronat disqualifié par sa collaboration avec l'occupant nazi dut concéder le Programme du Conseil National de la Résistance. La Sécurité Sociale allait se construire sur l’admirable principe qui veut que l’on cotise selon ses moyens et que l’on reçoive des soins selon ses besoins. La santé était délivrée de la loi du marché grâce à une solidarité redistributive.

Le 4 octobre 2007, le Medef, par la voix de Denis Kessler, sonnait l'heure de la revanche: “Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de le défaire méthodiquement.” La Commission européenne par sa directive 91/440 impose une privatisation à marche forcée des services publics. C'est dans ce cadre que s'inscrit l'attaque frontale lancée par Emmanuel MACRON contre la SNCF et les cheminots. Mais au- delà contre tous les Services Publics! La mise en concurrence prépare inéluctablement la privatisation.

Tout le reste n'est que prétextes et habillages. Ainsi le poids de la dette ou les soit- disants privilèges des cheminots! Les dividendes, les stocks options, les défiscalisations, les paradis fiscaux, les parachutes dorés... là sont les vrais privilèges.

Le statut des cheminots est lui aussi totalement légitime, gage de sécurité, il est aussi l'objectif, l'exemple vers lequel doivent tendre tous les emplois. L'exact contraire de cette course folle, sans fin, vers une précarisation généralisée!

Voici pourquoi, le combat exemplaire de nos Camarades cheminots est de portée universelle, ils défendent l'intérêt général! Leur victoire serait promesse d'avenir pour l'avènement d'une société de justice sociale. Leur défaite, un emballement vers des inégalités toujours plus insupportables! ChacunE doit contribuer à ce que la balance bascule du bon côté!

 

Le 05/ 05/ 2018 - Le CHAHUT

Le CHAHUT N° 172 daté de mars - avril 2018

 

Université, bac, lycée, apprentissage, formation professionnelle, statut des fonctionnaires, statut des cheminots : le gouvernement Macron a déclenché une offensive d’une ampleur inédite contre l’ensemble des droits et acquis collectifs, arrachés par les salariés. Aussi nous revient-il d’organiser la mobilisation la plus déterminée pour infliger une défaite politique à ce gouvernement !

Vers un bac maison !

Le Bac cesserait à terme d’être diplôme national et 1er grade universitaire, ayant la même valeur sur tout le territoire. Un bac “maison” , avec chaque établissement qui prendrait en charge un contrôle continu comptant pour 40% de la note et le choix de modules faisant disparaître des disciplines essentielles, le tout sur le modèle du caractère propre de l’enseignement privé. Comment s’étonner dès lors que l'APEL (Association des parents d'élèves de l'enseignement libre), bras armé de l'enseignement catholique, la voix du Vatican en matière scolaire, ait pu déclarer : “La philosophie générale de la réforme correspond assez largement à ce que l’Enseignement catholique préconise depuis des années.” Au-delà, les universités sélectionneront les bacheliers suivant des “attendus”, ce qui prépare une remise en cause du droit aux études, notamment pour les enfants des milieux populaires ; et plus encore dans les filières les plus prestigieuses. Le statut des enseignants s’en trouvera aussi profondément remodelé. Les Echos l’expliquent ainsi clairement : “… L’annualisation du temps de travail des enseignants a enfin une chance d’être inscrite au tableau.”

Remise en cause du statut de fonctionnaire

Edito du CHAHUT N° 171 daté de janvier - février 2018

 

Depuis plusieurs décennies maintenant, l'impôt est décrié, vilipendé... Pourtant, outre qu'il permet le financement des Services Publics et des équipements collectifs, il est aussi un précieux outil de redistribution des richesses. En principe... mais pas pour Macron, ce Robin des bois à l'envers, qui prend lui aux pauvres pour enrichir davantage encore les plus fortunés. Si vous en doutiez, une étude de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) établit que la politique budgétaire du gouvernement profitera principalement aux plus hauts revenus, “A eux seuls, les 5 % de ménages les plus aisés capteraient 42 % des gains de revenus!” Et si les salariés gagnent éventuellement quelques broutilles, ils dépenseront bien davantage contraints qu'ils seront de prendre à leur charge toutes les protections ou services abandonnés par les Services Publics.

Le CHAHUT N° 170 daté de novembre - décembre 2017

Facsisme soft en macronie...
On pensait avoir touché le fond avec Sarkozy, politique xénophobe d'ailleurs poursuivie à l'identique par Hollande, c'était être bien optimistes: Macron, peu à peu, entraîne la société française dans une sorte de fascisme soft. Jugez plutôt:

La fermeture des frontières de l'Europe de l'est et l'accord passé avec le régime autoritaire d'Erdogan ne pouvaient que réouvrir la voie méditerranéenne. La grande idée est désormais d'empêcher coûte que coûte les RéfugiéEs d'atteindre l'Europe. Trop difficile ensuite de les expulser: c'est qu'ils s'intègrent les bougres, ils travaillent, leurs enfants fréquentent nos écoles, des solidarités se créent... Parfois même, ils résistent et luttent.