Notre Amie et Camarade Eliane Paul-Di Vincenzo qui a vécu et milité en Guadeloupe nous offre un entretien passionnant pour mieux comprendre la situation de "nos" territoires d'Outremer!  (Cet article a été publié dans le numéro 161 du CHAHUT daté de mai/ juin 2016)

 

Le Chahut: La situation réelle dans les départements d'Outre mer demeure une grande inconnue pour la plupart d'entre nous, souvent pas davantage qu'une destination de vacances... Quel est leur statut réel ? Irais-tu jusqu'à parler de néo- colonialisme et, si oui, comment se manifeste-t-il ? 

Eliane: Le statut actuel de la Guadeloupe, comme de la Guyane et de la Martinique, est complexe : à la fois Département et Région, ces petits territoires (du moins pour les 2 îles antillaises) voient se multiplier les éluEs qui se livrent des luttes intestines pour le pouvoir au détriment des intérêts des peuples guadeloupéen et martiniquais.

Ces luttes masquent une situation coloniale maintenue alors qu’Aimé Césaire- qui s’est battu pour la départementalisation, obtenue en 1946- pensait rompre avec le colonialisme en s’intégrant à la “mère patrie” et en devenant un département à part entière.

En ce mois de décembre, il n’est jamais inutile de tirer quelques leçons d’une année écoulée. Faisons- le à travers deux dates malheureusement passées trop inaperçues :

• Depuis le 8 août 2016, l'humanité vit à crédit…

Revoici le thème récurrent de la dette “qui pèse sur les générations futures” ? Litote de presque tous les politiciens et autres bien- pensants. Rassurez- vous, Le CHAHUT n’a pas tourné sa veste ! Nous ne parlons pas là de la dette financière qui étrangle les peuples mais n’est qu’artifice monétaire… question qui pourrait se résoudre par de simples réquisitions après une renationalisation de cette dette publique ou, plus en douceur, par une relance de l’inflation. Mais du “Jour du dépassement” Laissons parler l’ONG “Global Footprint Network” :

L'évolution, l'accès accru à l'enseignement, à la culture, à l'information..., l'émotion et les leçons tirées des conflits passés qui ont maintes fois ravagé le monde, l'Europe tout particulièrement, les horreurs des deux dernières guerres mondiales symbolisées par la boucherie de 14/ 18, le génocide nazi et l'utilisation de l'arme atomique à Hiroshima et Nagasaki, les avancées des droits et de la démocratie, la création de l'ONU et l'évidence reconnue de la diplomatie... auraient pu faire croire, espérer un monde enfin délivré de la violence.

Or, ces dernières décennies ont vu tout au contraire le monde s'ensauvager et les unes des journaux débordent chaque jour des barbaries les plus insoutenables.

Si nous avons décidé de revenir une fois de plus sur la belle aventure de l'orphelinat de Cempuis, petit village situé au nord/ ouest de l'Oise, c'est non seulement parce qu'elle a eu une influence importante dans la grande bataille des idées menée pour l'émancipation mais aussi, malheureusement, parce qu'elle symbolise tout le terrain que nous perdons peu à peu face à l'offensive d'une école privée qui n'a jamais accepté les lois laïques. Des événements à méditer pour inverser le rapport de force! 

“M. Robin, directeur de la porcherie municipale de Cempuis, a été exécuté hier en plein Conseil des Ministres. C’est l’effondrement complet du système pornographique de la co-éducation des sexes.”  "La libre parole" (1er septembre 1894)

La “porcherie municipale” de Cempuis, c’est l’orphelinat Gabriel Prévost du nom d’un riche négociant, né et mort à Cempuis, qui a fait du département de la Seine son légataire universel à charge pour celui-ci "d’affecter la totalité de sa fortune à l’entretien du plus grand nombre d’enfants des deux sexes." Ferdinand Buisson, alors directeur de l’enseignement primaire et exécuteur testamentaire, en a proposé la direction à Paul Robin.

• Une expérience pédagogique révolutionnaire

Nous sommes à la fin de 1880. Commence ainsi une grande aventure d’une richesse pédagogique inconnue jusqu’alors et qui devait durer 14 ans. Paul Robin a 43 ans et c’est pour lui la possibilité de mettre en œuvre ses conceptions façonnées par près de 20 ans de pratique professionnelle, théorisées dans d’innombrables articles de revue et dans ses rapports sur l’Enseignement que ce militant libertaire présente aux Congrès de l’Internationale Socialiste.

Dans l’Oise, des particuliers s’apprêtent à faciliter l’accueil des migrants, des associations se constituent. Certaines villes et  villages, du département sont volontaires mais restent peu nombreux. Ces initiatives nécessitent  un accompagnement par des structures spécialisées et compétentes qu’il faut financer. Avec l’extrême droite qui annonce la création d’une association des maires de “communes sans migrants”, la droite de l’Oise a annoncé ne pas vouloir de migrants dans le département (motion du Conseil Départemental de l’Oise du 26 septembre votée conjointement  par les partis LR et FN). 

Avec cette vision fausse et populiste que le migrant serait une charge pour le département ( “Il  n’est pas en mesure d’accueillir dans l’Oise ces personnes dépendantes de la solidarité nationale...”). Comme il l’a fait pour réduire ou supprimer totalement les subventions aux organisations qui œuvrent dans le domaine de la culture et de l’éducation et pour une solidarité réelle, le conseil Départemental cache sa politique d’exclusion avec une justification budgétaire. (Un manque de solidarité qui d’ailleurs touche aussi les personnes âgées puisque les visiteurs d’hospitalité, travailleurs sociaux dont la mission était de rompre l’isolement des personnes âgées vont disparaître. Le Conseil Départemental va faire appel au bénévolat “une solution pragmatique et budgétairement acceptable” estime son Président !).