edito du CHAHUT N° 168 daté de juillet - août et septembre 2018


Pour celles et ceux qui adhérent au projet de la “République en marche” sans oser véritablement l'avouer, un peu honteusement et il y a de quoi, pour celles et ceux qui s'étonnent chaque matin de redécouvrir l'eau tiède, qui avaient naïvement voulu “croire” et “laisser sa chance” au nouveau président, pour celles et ceux qui ne voulaient pas voir et refusent d'analyser la vérité en face, de dire les mots justes... il n'aura pourtant fallu que quelques jours, voire quelques semaines, pour qu'apparaisse la nature exacte de la politique menée par Emmanuelle MACRON.

 

Si le mot “révolution” qu'il utilise comme titre de son ouvrage paru en novembre 2016 est évidemment totalement usurpé, les qualificatifs de “contre- révolution libérale” s'appliquent très justement au projet qu'il a commencé à mettre en oeuvre. Contrairement à l'Angleterre de Thatcher et l'Allemagne de Schroeder, la France y avait en partie échappé grâce aux capacités de résistance, bien émoussées pourtant, de sa classe salariée (grèves de 1995, 2003...); Macron a été coopté par le patronat et ses actionnaires pour porter le coup de grâce à notre “modèle social”, plus justement à une grande part des acquis du monde des travailleurs-SES-, fruits de décennies de luttes sociales acharnées. La liste de ses premières mesures, loin d'être exhaustive, parle d'elle- même: remise en cause des aides au logement comme s'il faudrait devoir choisir entre se loger et se nourrir, coupes budgétaires brutales à l'encontre des Services Publics et des collectivités locales, politique fiscale qui va permettre aux plus riches de se soustraire davantage encore à l'impôt, attaques contre les fonctionnaires (nouveau gel du point d'indice, retour du jour de carence...), destruction prévue du statut des cheminots, remise en cause des emplois aidés qui, bien que précaires, répondaient à de vrais besoins sociaux, 120 000 suppressions d'emplois publics prévues, lente agonie d'un hôpital public en désespérance, la sélection à l'Université, des privatisations annoncées, etc... Et demain les attaques contre le système par répartition de nos retraites, les indemnités chômage, la Sécu... Le pire est sans doute à venir: une véritable guerre des classes!... Sans oublier, il va de soi, cette loi “travail”: des textes “... brutaux, plus encore que ne l'attendaient les plus méfiants des observateurs... 150 pages de régression profonde...” (Em. DOCKèS, Le Monde)!

Ne retenons que ces mesures emblématiques: les indemnités prud'hommales sévèrement plafonnées et les délais de recours revus à la baisse en cas de licenciement abusif (1), les patrons des petites entreprises “autorisés à négocier” des accords particuliers avec leurs salariés sans recours à un délégué syndical, la situation financière d'une société en France et non plus dans le monde justifiant seule les licenciements économiques, la rupture conventionnelle collective, en fait les licenciements à bas coût et sans justification autorisés, la réduction drastique du nombre et de la variété des représentants du personnel moins bien informés et aux possibilités moindres de recourir à des experts, extension sans limite du travail de nuit... Bref, des textes qui annoncent la fin du CDI et visent à la généralisation de la précarité! A ces qualificatifs de “contre- révolution libérale” pourrait s'ajouter celui d'autoritaire: de nombreux textes adoptés par ordonnances, un véritable coup d'Etat social, et la pérennisation de l'état d'urgence qui remet gravement en cause, sans efficacité réelle dans la lutte contre les attentats, les libertés individuelles, collectives et criminalise les résistances à l'ordre capitaliste.

Autant dire combien la 1ère journée d'action de ce 12 septembre ne doit pas être un baroud d'honneur mais tout au contraire le 1er acte d'une véritable insurrection! Il faut rejoindre les organisations syndicales combatives et travailler en leur sein pour décupler et radicaliser encore cette détermination, partout il faut créer des “Fronts sociaux” déjà présents et en action dans de nombreuses villes! (2)

Comme toujours, Le CHAHUT s'attachera à être un outil modeste mais déterminé au service de ces mobilisations!

Beauvais, le 20/ 09/ 2017

(1) Outre de spolier les ouvriers “jetés”, le but est là de tuer dans l'oeuf toute velléité de lutte pour soutirer le plus aux licencieurs comme l'avaient fait par exemple les Conti à Clairoix (60) et les GoodYear à Amiens (80).

(2) Le CHAHUT peut vous transmettre différents textes d'appel


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