Le CHAHUT N° 167 daté de mai - juin 2017


Comment une démocratie digne de ce nom peut- elle offrir à un mouvement politique 350 députéEs (avec le MODEM) sur 577 quand il n’a recueilli qu’un peu plus de 15 % des inscrits au premier tour des législatives ? Des députéEs scrupuleusement sélectionnéEs par le grand manitou (sur CV, lettre de motivation et entretien!) et contraintEs de signer une charte de soumission au programme de l’exécutif, autant dire les créatures du maître qui les a faites, des godillots ! L’élection à la tête de leur groupe parlementaire à la quasi- unanimité, moins deux abstentions, lors d'un “séminaire de cohérence” d’un candidat unique et préempté, le corrompu Ferrand, exfiltré du gouvernement pour gagner une immunité, en est la première et tragique illustration. (1)

 

A ceux- là s’ajouteront Les Réactionnaires (LR) et les “socialistes” “macron-compatibles” qui se retrouveront sur la même ligne sécuritaire et rétrograde… Bref, cette hégémonie signifie une volonté de museler autant que faire se peut toute opposition parlementaire. Pire même tout débat puisque 90 % des députéEs seront acquis à E. Macron !

Bien- sûr, la constitution de la 5ème République s’est délibérément réclamée d’un système monarchique ; “le coup d’Etat permanent” comme disait Mitterrand avant de se couler avec délectation dans ce moule, mais l’instauration du quinquennat puis l’inversement du calendrier électoral plaçant les législatives juste à la suite des présidentielles (une autre grande idée du PS, Lionel Jospin en l’occurrence) auront définitivement parachevé cette œuvre néfaste. Ainsi ce régime ne peut plus être qualifié de parlementaire qu’à la marge : comment s’étonner dès lors que les électeurs-trices boudent cette élection pour rien ? Jamais la personnalisation, pour ne pas dire le culte de la personnalité, la concentration de tous les pouvoirs dans les mains d’une petite caste, le laminage des oppositions et le blindage du statu- quo n’avaient atteint un tel niveau d’alerte. L’allégeance à un chef et une remise en cause des droits : ce mouvement n’a véritablement rien de neuf, ni de novateur ; il est même réactionnaire au sens littéral du mot ! Ajoutez à cela la pérennisation de l’état d’urgence et nous voici tombéEs dans un système autoritaire que le gouvernement par ordonnances symbolise parfaitement et même s’il veut cacher cette violence derrière une image soft et novatrice. Que reste-t-il de notre démocratie ? En est-elle vraiment une encore ? Permettez-nous cette citation de Spinoza: " Les Hommes se trompent quand ils se croient libres."

Quant à la politique annoncée, elle ne fait aucun doute : ce ne sera pas ni à droite, ni à gauche mais à droite toute ! Et la même politique libérale en échec depuis 30 ans va se perpétuer et s'accentuer. Ainsi les décisifs ministères économiques, ceux du budget et des finances, ont été offerts à la droite (Lemaire à Bercy et Darmanin au Budget). C’est très clairement un ultra- libéralisme que Macron entend faire triompher, aboutissement de trente années de remises en cause des droits sous prétexte de crise économique et de concurrence internationale. Macron et sa “majorité” sont très clairement le choix du MEDEF et des actionnaires pour la victoire du libéralisme qu’ils souhaitent finale et totale.

Macron privatise l'Etat!...

Mais le choix des femmes et des hommes accédant aux “responsabilités” est tout aussi éloquent. A l’Assemblée, la composition sociologique du groupe “En Marche” est caricaturale : une écrasante majorité de cadres et de professions libérales ! 46 chefs d'entreprises et aucun ouvrier ! Il fut des temps, aujourd'hui lointain, où l'Etat nationalisait certains pans de l'économie pour défendre l'intérêt général, même si ce ne fut pas toujours une réussite, loin s'en faut!

Avec Macron, c'est bien plutôt l'Etat qui se trouve privatisé! Or, comme l'écrivent les auteurs du livre “Sphère publique, intérêts privés. Enquête sur un grand brouillage” (P. France et A. Vauchez - Ed. Sciences Po Les Presses): “La frontière entre public et privé est une frontière de la démocratie.” Il suffit pour se convaincre de cette privatisation de voir le nombre de ministres, le président et le premier ministre eux- mêmes, venus tout droit de grandes entreprises privées; et parmi les plus contestables, qui plus est, comme AREVA pour le 1er ministre! Nicolas HULOT, lui- même englué dans des conflits d’intérêts avec sa fondation, se retrouve ainsi sous les ordres d'un premier ministre tout droit issu du nucléaire! Comme disait Chevènement, le ministre Hulot sera là, au mieux, pour fermer sa gueule... La Fonction Publique elle- même n'a plus même de ministère attitrée, elle dépendra du budget et risque bien ainsi d'être privée de toute ambition pour devenir une simple variable d'ajustement dans le grand jeu de la réduction des déficits publics.

Ce qui n'empêche pas de nombreux "socialistes" de soutenir ce gouvernement, d'y participer même! Rien d’étonnant qu'ils s’y retrouvent finalement: depuis le temps que la gauche gouvernementale a renoncé à s'opposer au capitalisme, s'est mise à son service même, les différences de politiques se résumaient à la largeur du sparadrap posé sur les plaies de cet ordre économique destructeur des humains et de l’environnement.

Retenons encore un préfet ultra-répressif, Patrice Strzoda, nommé au poste de directeur de cabinet d'Emmanuel Macron. Ancien directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve, Strzoda a également été préfet, notamment en Corse, en Ile-de-France, et en Bretagne, où il était en poste lors des manifestations contre la loi travail, à Rennes, dans lesquelles un jeune homme avait perdu un oeil du fait d'un tir de la police. La gestion du préfet a été vertement dénoncée par de nombreux militants. Et un ministre de l’Éducation Nationale directeur de l'ESSEC, une grande école de management, et qui fut, sous Sarkozy, le grand organisateur des suppressions massives de postes qui ont eu lieu et l'inspirateur des évaluations dès la maternelle! Le retour encore, dans les cabinets concernés, d'anciens hauts responsables du ministère de l'immigration et de l'identité nationale de Sarkozy et Hortefeux, tel Stéphane Fratacci! Bref, ça promet!

Les mauvais coups de l’été

Avec de telles conditions d’élections (rappelons- les : un peu plus de 15 % des inscrits au premier tour des législatives et un taux d’abstention historique de 57 % au second), ce gouvernement Macron n’a aucune légitimité pour mettre à bas le Code du travail, demain notre système de retraite… et bouleverser l’Etat de droit en transformant un état d’exception, l’état d’urgence, en loi commune. Macron entend pourtant aller fort et vite, tout boucler pendant l’été : un lâche déni de démocratie !

Dès lors et même si ce sera particulièrement difficile, il ne nous reste plus que la lutte et la rue ! Déjà des “Fronts sociaux” se sont créés dans plusieurs villes et ont commencé à manifester. Le congrès des Syndicats Solidaires a aussi appelé

“- à porter partout, dans nos entreprises et administrations les analyses des «contre-réformes » à venir;

- à construire et participer aux initiatives intersyndicales locales et nationales;

- à construire la convergence des luttes, pour un syndicalisme de lutte et de transformation sociale et… à soutenir les luttes engagées dans les différents secteurs;

- à engager sans attendre la bataille pour le code du travail…;

- à préparer les conditions d’un mouvement d’ampleur prenant appui sur une multiplicité d’initiatives tout au long de l’été pour harceler le gouvernement. Dans ce cadre nous appelons à manifester massivement le 30 août à Jouy-en-Josas contre l’université d’été du MEDEF;

- à proposer de nouvelles initiatives dans le cadre le plus unitaire possible dés le début septembre en construisant un mouvement fort appuyé sur une grève large, unitaire et intersyndicale.”

Quant à la CGT, elle appelle dès à présent à la grève le 12 septembre et déclare : "(La CGT) refuse de servir d’alibi ou de faire-valoir dans le cadre d’un dialogue social pipé d’avance.

Nous refusons d’ores et déjà d’entendre dire fin septembre que les ordonnances, présentées par le gouvernement, auraient été co-élaborées avec les syndicats"

La tâche est immense et décisive mais, là, est la seule voie qu’il nous reste ! On peut estimer que les refus de l’état d’urgence et de la casse du droit du travail sont majoritaires chez les salariés. A nous tous, de transformer cette désapprobation en lutte déterminée ! Faisons que l’été soit chaud et la rentrée bien plus encore !

Le 29 juin 2017 – Le CHAHUT

(1) Ajoutez-y les affaires du MODEM, de Rugy président de l'Assemblée récompensé pour ses reniements, ses trahisons, ses retournements de veste et voici des personnages d'emblée disqualifiés pour prétendre moraliser la vie publique et reconstruire la confiance perdue des français !


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