Le CHAHUT N° 176 daté de novembre/ décembre 2018

De la révolte à la révolution sociale et politique  (surtout pas nationale) !

 

Disons le nettement, en préalable: la fin de la résignation, l'expression de la révolte, le retour du collectif... nous les attendions depuis si longtemps qu'ils ne peuvent que nous réjouir. Ils étaient indispensables et urgents! Nous n'avons cessé en effet de dénoncer et combattre Macron et sa politique; Macron le président des très riches, le Robin des bois à l'envers... Cependant bien du chemin reste à parcourir pour les Gilets jaunes et pour nous tous...

 

      • Pour un soutien lucide et constructif aux Gilets jaunes

Tout d'abord, cette façon, trop souvent, de commencer leurs phrases par: "Nous qui travaillons...". Façon de stigmatiser ces fainéants de chômeurs, ceux qui vivent des aides... Voici qui a peut- être empêché les banlieues de rejoindre le mouvement, ses habitants ne luttant pas “... pour un plein mais pour du boulot!”

Et puis, pour notre part, nous ne sommes pas contre l'impôt mais pour l'impôt juste! Un impôt redistributeur qui s'attaquerait de front aux inégalités sociales, qui servirait à démultiplier et améliorer les Services Publics... Car sans impôt, plus d'Ecole publique, plus d'hôpital, plus de route... Des reculs que les plus pauvres subissent de plein fouet! Quant aux plus riches, tant qu'ils pourront payer, ils trouveront toujours des solutions, en particulier par le recours au privé ou en allant s'installer, se faire soigner, etc... ailleurs!

De même, la disparition ou la baisse drastique des cotisations sociales aboutiraient à la fin des protections sociales!

Avec Macron, les très riches sont quasiment dispensés de toute contribution, les impôts grimpent mais les Services Publics sont démantelés et pendant que les gros pollueurs sont épargnés (1), qu'il n'existe aucune politique réelle et sérieuse de transition écologique (voir la contre- réforme de la SNCF qui ne parlait que de profits, de concurrences, les autorisations de forage accordées à Total au large de la Guyane...) les taxes environnementales ne servent que marginalement à la cause écologique. L'essentiel servira à "payer la dette", une dette illégitime qui enrichit encore les prêteurs derrière lesquels se cachent à nouveau les actionnaires et les plus riches. Le danger est imminent car avec une politique aussi mensongère, punitive et injuste, Macron risque de tuer une prise de conscience environnementale naissante alors que la planète s'empoisonne, étouffe et brûle!

Dans le même temps également, le droit social est démantelé pour accroître toujours davantage la précarisation et généraliser les bas salaires. 

      • Pourtant où sont passées les revendications salariales ?

Le plus contradictoire est, par exemple, les revendications des VTC, ces “faux taxis”, ayant parfois rejoint le mouvement des Gilets jaunes! Ainsi ces salariés sur- exploités par les plate- formes telle Uber, on parle de 70 à 80 heures de travail par semaine pour un SMIC!, ne se retournent pas contre leur employeur dissimulé, réel pourtant, mais... contre l'Etat! Eloquent!

Ceci dit, ce mouvement des Gilets jaunes, très hétéroclite d'ailleurs, n'est pas majoritairement tombé dans la désignation de boucs- émissaires. Des revendications de classe ont émergé comme la remise en cause du CICE, 40 milliards inutiles à l'emploi et ne servant qu'à gaver plus encore les actionnaires, le rétablissement de l'ISF, l'augmentation conséquente du SMIC, etc...!

Il ne saurait donc y avoir de notre part ni mépris, ni indifférence. L'erreur serait ainsi d'abandonner ce terrain pour laisser place libre à toutes les manipulations politiciennes, celles de l'extrême- droite en premier lieu. Tout au contraire, notre présence militante lucide et sans ambiguïté, doit aider à la convergence des luttes et à l'ancrage de ce mouvement dans la lutte des classes. (2)

L'éparpillement et l'absence d'organisation de cette lutte sont aussi des obstacles qu'il faut travailler à franchir.

    • Pour une organisation dans la durée...

Le CHAHUT, très modestement, ne peut qu'appeler à la convergence des luttes! Que tous les exploités, les exclus, les précaires, les chômeurs, les sans voix et sans droits... se rejoignent, se fédèrent... par des AG démocratiques et souveraines élisant des DéléguéEs mandatéEs et révocables. Il faut aussi imaginer un autre monde par des revendications exigeant une véritable égalité sociale et politique, prenant en compte évidemment les enjeux écologiques car ce sont les plus pauvres qui seront les première victimes des dérèglements climatiques, de la pollution... Le véritable contentieux oppose en effet une infime minorité se gavant toujours davantage des profits générés par le capitalisme mondialisé, un véritable accaparement, et toutes les femmes et les hommes qui n'ont que leur travail pour vivre dignement. 

  • Il faut encore nous réapproprier les organisations syndicales! 

Leurs directions n'ont eu pour souci que de reprendre place à une table de négociations où Macron ne veut rien négocier. Quand elles auraient dû appeler à des AG ouvertes à toutes celles et tous ceux qui sont en lutte afin de construire la grève générale reconductible...

Enfin, il nous faut affirmer la nécessité de revendiquer la justice sociale ET une transition énergétique cohérente, réelle et juste là encore, refusant qu'elle serve de prétexte à un nouvel approfondissement des inégalités. Ces deux exigences obligent à remettre en cause les intérêts capitalistes. Cela ne sera jamais possible tant que nous ne bloquerons pas l'ensemble des moyens de production avant de les contrôler. C'est ce qu'il faut absolument comprendre et dont n'ont pas encore pris conscience la plupart de ces Gilets jaunes. A nous d'y travailler. Bref, toute la différence entre une révolte et une révolution!

Le CHAHUT, le 18/ 12/ 2018

(1) Les avions des compagnies aériennes, les supertankers, les gigantesques paquebots de luxe... utilisent un fioul lourd... non taxé!

(2) La lutte des classes demeure bien à nos yeux “le moteur de l'histoire” et notre grille d'analyse au dépend d'un “populisme (fût- il) de gauche” bien ambigu et pouvant nous entraîner vers les pires impasses: ainsi, sur Europe 1, Alain  Finkielkraut nous en fit la démonstration en dénonçant les “classes moyennes oubliées” car “il n'y en a eu que pour les banlieues, les migrants...”! 

 

 

 

PS/ Tous nos éditos passés sont à relire dans notre rubrique "Archives/ Archives du journal"

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